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Le low-tech, littéralement « basse technologie », occupe aujourd’hui une place essentielle dans les réflexions sur la transition écologique, sociale et économique. C’est un changement de rapport à la technique elle-même.
Le low-tech s’oppose explicitement au high-tech lorsqu’il devient complexe, opaque, énergivore, dépendant de chaînes mondiales fragiles et incapable d’être réparé localement. En cela, il est une philosophie de la soutenabilité : concevoir des technologies simples, robustes, accessibles, utiles, ouvertes, réparables, et compatibles avec les limites planétaires.
Le low-tech se caractérise par la mise en œuvre de technologies simples, peu onéreuses, accessibles à tous et facilement réparables, faisant appel à des moyens courants et localement disponibles (dont la réutilisation ou le recyclage d’objets et/ou de matériaux usuels).
À ce titre, les exemples abondent : un four solaire construit avec du contreplaqué et du verre recyclé ; une cuisinière rocket-stove extrêmement efficace et fabriquée à partir de briques réfractaires ; un frigo du désert qui refroidit grâce à l’évaporation ; un filtre à eau céramique permettant de potabiliser l’eau sans électricité ; un chauffe-eau solaire thermique bricolé avec des tuyaux noirs ; un séchoir solaire pour conserver légumes et fruits ; une éolienne low-tech en bois ; ou encore un récupérateur de chaleur sur poêle à bois.
Ces objets modestes ont un point commun : ils fonctionnent longtemps, coûtent peu, et peuvent être reproduits par n’importe qui muni d’un minimum d’outils et de savoir-faire.
Une low-tech est d’abord utile. Elle répond à des besoins essentiels à l’individu ou au collectif. Elle contribue à rendre possible des modes de vie, de production et de consommation sains et pertinents pour tous dans des domaines aussi variés que :
- l’énergie : poêles rocket, chauffe-eau solaires, lampes à huile végétale, cuiseurs solaires, fours à inertie ;
- l’alimentation : séchoirs solaires, cuiseurs à bois peu consommateurs, bocaux de fermentation, moulins manuels ;
- l’eau : filtres céramiques, systèmes de récupération d’eau de pluie, potabilisation par UV solaire (SODIS) ;
- la gestion des déchets : composteurs, lombricomposteurs, toilettes sèches, briques fabriquées à partir de déchets ;
- les matériaux : briques de terre crue, enduits naturels, bois local, isolation en fibres végétales ;
- l’habitat : poêles de masse, ventilation naturelle, murs trombe, géonefs ;
- les transports : vélos révisables, remorques cargo low-tech, triporteurs, charrettes ;
- l’hygiène : savons saponifiés à froid, dentifrice maison, dispositifs d’hygiène féminine réutilisables ;
- la santé : stéthoscopes mécaniques, kits de premiers soins durables, matériel réparable ;
- l’agriculture : outils manuels performants (grelinette, houe maraîchère), serres bioclimatiques, irrigation goutte-à-goutte gravitaire.
En incitant à revenir à l’essentiel, elle redonne du sens à l’action.
Une low-tech doit également être accessible. Elle doit pouvoir être appropriée par le plus grand nombre. Cela suppose qu’elle puisse être fabriquée et/ou réparée localement, que ses principes de fonctionnement soient simples, et que son coût soit adapté à la majorité de la population.
Les exemples concrets abondent : un potabilisateur d’eau en céramique que l’on peut fabriquer dans un four à poterie ; un vélo réparé dans une atelier participatif ; un réchaud fabriqué dans une boîte de conserve ; une lampe LED alimentée par un petit panneau solaire autonome ; une pompe à corde construite avec de la ficelle et des rondelles métalliques.
Une low-tech est également durable. Éco-conçue, résiliente, robuste, réparable, recyclable, agile, fonctionnelle.
Elle invite à réfléchir aux impacts écologiques et sociaux à chaque étape : conception, production, usage, fin de vie. Selon cette logique, une serre bioclimatique faite de matériaux locaux est plus durable qu’une serre high-tech chauffée électriquement. Un four à inertie vaut mieux qu’un four électrique, car il chauffe une fois et restitue sa chaleur pendant des heures. Un réfrigérateur à poteries alimenté par évaporation permet la conservation sans électricité.
Cette cohérence explique aussi le lien étroit entre low-tech et innovation frugale : répondre aux besoins réels avec la solution la plus simple et la plus économique possible — ce qui est souvent la plus intelligente, la plus robuste, et la moins dépendante du monde industriel mondialisé.
Le low-tech interroge profondément notre rapport collectif au progrès.
Pendant des décennies, la modernité technologique a été confondue avec la complexité croissante. Mais la complexité est fragile. Une technologie ne disparaît pas sans laisser de traces : extraction minière, énergie, déchet, manque de réparabilité. Le low-tech propose une autre idée du progrès : celui qui dure, celui qui peut être réparé, celui qui reste compréhensible.
Dans une société résiliente, le low-tech n’est pas « la technologie du pauvre », mais la technologie de l’avenir : celle qui fonctionne encore quand les infrastructures centralisées tombent en panne, quand les supply chains sont perturbées, quand l’énergie se raréfie.
Pour que le low-tech se déploie, il faut renforcer les collectifs, fab-labs et ateliers partagés, lieux où l’on apprend à fabriquer, réparer, détourner, bricoler. Beaucoup existent déjà — et beaucoup fonctionnent comme de véritables laboratoires citoyens : fours solaires améliorés, pompes à eau manuelles, vélos cargo low-tech, filtres à eau à biochar, serres passives inspirées des modèles walipini, ou encore dispositifs low-tech pour l’agriculture vivrière.
On trouve sur le site du Low-Tech Lab (https://lowtechlab.org) une cartographie impressionnante de projets open-source :
— lave-linge à pédale,
— frigo du désert,
— poêles dragon,
— toilettes sèches hautes performances,
— ruches low-tech,
— chauffe-eau solaire DIY,
— cuisinières à pyrolyse,
— éoliennes en bois,
— déshydrateurs solaires modulaires,
— panneaux solaires thermiques à canettes.
Dans un monde de chamboulement climatique, énergétique et géopolitique, le low-tech est tout… sauf une option ! C’est une voie essentielle pour maintenir un niveau de vie digne, pour se sécuriser individuellement et collectivement, sans renoncer à la technologie mais en la libérant de l’obsessionnelle hypertrophie high-tech pour la rendre compatible avec le respect des limites planétaires.
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RESSOURCES DOCUMENTAIRES
Grimaud, E., Tastevin, Y. P. & Vidal, D. (2017), Low tech, high tech, wild tech. Réinventer la technologie ?
Article académique très pertinent pour penser le low-tech hors de sa caricature techniciste.
Tanguy, A., Carrière, L. & Laforest, V. (2023), Low-tech approaches for sustainability: key principles from the literature and practice
Article définissant ce que low-tech signifie et comment il s’articule aux transitions vers des modèles productifs sobres.
Glasscock, J. A. (2022), An Overview of Fifty Years of Appropriate Technology Research Using Bibliometric Analysis
Revue scientifique sur l’évolution du champ de la technologie appropriée (appropriate technology / low-tech).
Andersson, S. et al. (2024), Towards a socio-techno-ecological approach to sustainability transitions
Cadre intégrateur qui permet d’articuler technologies sobres et transitions systémiques.
Sonjaya, Y., Noch, M. Y. & Sutisna, E. (2024). The Role of Appropriate Technology in Sustainable Development Design
Met en relations technologies appropriées, durabilité et design systémique.