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Nous sommes bien conscients que de nombreuses interrogations restent en suspens. Quid du temps nécessaire pour les délégations ? Des systèmes de répartition des revenus et des richesses ? Des médias ? De la gestion des conflits ?… Autant de problématiques qui doivent être travaillées, pour tenter d’imaginer ce que pourrait être un autre futur, débarrassé des rapports d’exploitation et de domination…
La démocratie par mandat exige du temps. Mais c’est le prix nécessaire à payer pour nous émanciper et devenir les acteurs de nos vies.
Pour ce qui est de l’égalité, devons-nous revendiquer une égalité intégrale des revenus (ce qui sera notre option) ou accepter l’idée d’une certaine « échelle de rémunérations » ? Mais, dans ce cas, quels seraient les critères qui viendraient justifier les écarts ? Là encore, rien n’est simple.
A propos des médias, nous pensons que deux mesures radicales seraient à envisager : premièrement, rendre impossible leur appropriation privée à grande échelle. Ce qui signifie clairement le démantèlement des empires actuels. Deuxièmement, et aux antipodes d’une étatisation, la liberté effective de l’information passe par le pluralisme, avec la création de multiples coopératives d’information.
Quant à la question de la gestion des conflits, qui ne manqueront pas de poindre comme dans toute société, elle exige de réfléchir, sans naïveté, à l’organisation d’un nouveau système judiciaire. Notre rêve assumé d’une société plus juste n’est pas celui d’une société parfaite. L’humain n’a jamais été et ne sera jamais « bon » en lui-même. Animal social, c’est dans le cadre de règles de vie en commun qu’il peut être libre. La « justice populaire » ou des juges amateurs élu.es par les populations ne peuvent être des réponses satisfaisantes. C’est d’une Institution judiciaire équilibrée, indépendante et transparente, avec des droits de la défense et des contre-pouvoirs suffisamment solides pour nous prémunir des arbitraires, dont nous avons besoin…
Notre dernière remarque portera sur le point de la culture politique, et de sa transmission, qui doit sous tendre cette architecture nouvelle.
En effet, pour que ce type de démocratie soit viable, elle doit être apprenante. Chaque citoyen·ne est formé·e dès le plus jeune âge à la délibération, à la prise de décision collective, à la gestion des désaccords. Des espaces d’éducation populaire — écoles politiques, universités libres, ateliers de savoir-faire — sont accessibles à toutes et tous. L’éducation est coopérative, ancrée dans les réalités locales, et conçue pour former des êtres capables de penser, d’agir et de décider ensemble.
La démocratie continue, fédéraliste, de caractère autogestionnaire et libertaire est l’organisation humaine à partir de laquelle nous pourrions repenser ensemble une société à haut degré de soutenabilité critique.
La fabrication d’un authentique consensus est la seule voie politique permettant de maintenir les liens de solidarités indispensables dans un monde devenu bien plus inhospitalier.