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La démocratie représentative nous est systématiquement présentée comme la formule de gestion politique la plus aboutie. Une « fin de l’histoire » en quelque sorte. Seulement voilà, ce système n’a jamais un modèle… de démocratie puisqu’il se limite à faire choisir les dirigeants par les électeurs/trices. Dans ce cas, le seul pouvoir réservé aux citoyen/nes est celui de voter et de choisir leurs « maîtres ». Mais entre deux scrutins, nul pouvoir du citoyen.
Le seul argument en faveur de ce régime serait de considérer que le pouvoir de sanction des électeurs/trices est suffisant. Si vous n’êtes pas satisfait.es de tel ou tel dirigeant, « vous n’avez qu’à voter contre lui aux prochaines échéances électorales ». Sauf que dans la réalité, les classes politiques se reproduisent elles-mêmes. Et les nouveaux candidat.es, issus de la même matrice, tromperont leur monde comme les précédents. Tant et si bien qu’au fil des trahisons et déceptions, les suffrages se transforment en autant de « vote contre » comme c’est le cas aujourd’hui. Sans résoudre les problèmes qui devraient l’être, sans débattre réellement des solutions à envisager, des réformes à conduire…
Cet argument de la sanction aux élections suivantes est donc tout à fait fallacieux.
Le problème est bien que la démocratie représentative fonctionne sur le principe de régulières et répétées abdications de la souveraineté populaire.
Au point que ce régime est qualifié bien à tort… de démocratie ! D’ailleurs, ses instigateurs n’eurent jamais l’intention de mettre en œuvre des pratiques démocratiques (au sens étymologique de pouvoir du peuple). Les révolutionnaires anglais, français et américains, ne se prétendaient guère démocrates. Ils restaient politiquement des aristocrates et voulaient d’emblée réserver l’exercice du pouvoir à des élites jugées mieux à même de régner.
Pour James Madison, un des pères fondateurs américains et quatrième président des Etats-Unis, le but du système représentatif était « d’épurer et d’élargir l’esprit public en le faisant passer par un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays ».
En 1789, Sieyès – auteur de « Qu’est-ce que le tiers Etat ? », texte fondateur de la Révolution Française – résumait parfaitement la philosophie des nouveaux dirigeants : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils ne peuvent agir et parler que par leurs représentants ». Il ne pouvait pas en être autrement du point de vue de ces libéraux.
Cette démocratie « sans le peuple » a tenue, jusqu’à aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies cependant, les gouvernements successifs ont pu constater l’aggravation de la « crise de la représentation ».
Bien peu de citoyens continuent à faire « confiance » dans les partis ou à des personnalités politiques. Face à ce phénomène devenu massif, le Pouvoir a tenté d’adapter quelque peu le mécanisme. La solution fut d’introduire la notion de démocratie participative (voir la fiche suivante).
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RESSOURCES DOCUMENTAIRES
Dominique Rousseau – La démocratie continue
Ce texte juridique et politique critique frontalement la démocratie représentative classique en affirmant que le système représentatif dépouille les citoyens de leur pouvoir réel, en instaurant une fracture durable entre gouvernants et gouvernés. Rousseau propose le concept de démocratie continue comme dépassement : une démocratie où les citoyens interviennent en continu dans la élaboration des politiques publiques, et non seulement à travers des élections périodiques.
Anarchism and the Crisis of Representation – Jesse S. Cohn
Une critique académique anarchiste du concept de représentation démocratique. L’auteur y explique comment les anarchistes classiques (Proudhon, Bakounine, Kropotkine) voient la démocratie représentative non comme une démocratie réelle, mais comme un masque de domination et de séparation entre gouvernants et gouvernés : il propose une remise en cause profonde de ces mécanismes et ouvre vers des alternatives politiques non hiérarchiques.
Democracy and Beyond – Amedeo Bertolo
Un texte issu de la tradition libertaire qui décrit la démocratie représentative comme une délégation de pouvoir complète à une classe politique professionnelle et défend au contraire une démocratie directe, fondée sur les assemblées populaires et des délégués réellement révocables. L’auteur montre comment la démocratie représentative dilue et dénature la volonté du peuple.