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La démocratie, au sens littéral, c’est « le pouvoir du peuple ». Le moins que l’on puisse dire c’est que la nos démocraties actuelles (lorsqu’elles existent) sont bien peu… démocratiques.
Dans la fiche suivante, nous dresserons une (sévère) critique de la démocratie représentative qui, sur le fond et historiquement, a été fondée pour assurer la confiscation du pouvoir au profit d’une minorité.
Mais cette forme actuelle de démocratie n’est absolument pas satisfaisante, quelle démocratie faut-il rechercher ou inventer ?
La réponse de la démocratie participative peut semble plus « sympathique » au premier abord, nous verrons dans la fiche que nous y consacrerons qu’il est nécessaire d’y regarder à deux fois.
Ensuite, la « démocratie directe » ou « référendaire » pourrait sembler être un authentique dépassement de la démocratie représentative. Nous défendrons l’idée qu’elle ne peut être à même de répondre aux enjeux, tout en incitant à de multiples dérives (absence de débat, référendum se transformant en plébiscite…).
Nous en viendrons alors à exposer ce que nous entendons pas la « démocratie du débat » ou « démocratie du mandat ». Ce que nous pourrions encore nommer « démocratie continue ».
Ce faisant, nous oserons imaginer une véritable démocratie citoyenne et autogestionnaire, ce qui rompt radicalement avec les formes appauvries du politique que nous connaissons aujourd’hui.
Ce n’est plus penser la démocratie comme un simple droit de vote exercé périodiquement, dans un système représentatif verrouillé par des élites, ou encore un système dans lequel chacun.e, sans vraiment avoir débattu et sans respect des autres, va faire valoir son opinion (une « démocratie à la facebook » !). C’est penser un écosystème complexe, comme une pratique vivante, quotidienne, fondée sur l’engagement des citoyennes et citoyens eux-mêmes.
Ce serait alors une démocratie de la délibération, de la coopération et de la responsabilité, ancrée dans la réalité des besoins matériels, des relations humaines et des écosystèmes.
Sans prétendre décrire un système « clé en main », nous insisterons sur un ensemble d’éléments structurants et potentiellement utiles pour inspirer des actions locales, ou mieux, fédérées à l’échelle de vastes régions.
Il conviendra donc, dans un premier temps, de nous interroger sur l’architecture globale de la structuration politique des collectivités, y compris lorsqu’elles se fédèrent et se coordonnent (la théorie de la Commune fédérée, les implications fédérales…).
Dans un second temps, nous envisagerons les processus de refondation économiques possibles (autour des « communs ») et nous dépeindrons ce à quoi pourrait ressembler un système économique coopératif, égalitaire, articulé étroitement avec la démocratie continue.
Le principe directeur est « simple » : plus de démocratie, toujours, partout !
Les populations doivent pouvoir s’organiser là où elles vivent, au plus près de leur quotidien, pour prendre collectivement toutes les décisions utiles à la bonne marche de la Cité.
À l’encontre d’une vision autoritaire et/ou technocratique, qui prétend que l’urgence environnementale appellerait la mise en place d’un pouvoir central fort, capable d’imposer d’en haut les transformations nécessaires, contre des citoyens vus comme des « administré.es immatures », nous pensons au contraire que la transformation écologique profonde de nos sociétés ne peut se faire que par un « plus de démocratie » : plus de pouvoir d’agir pour les citoyens, plus de délibération collective, plus d’initiatives locales capables d’inventer des formes de vie compatibles avec les limites planétaires.
Ce n’est qu’au sein de territoires authentiquement démocratiques que peuvent émerger des dynamiques à long terme pour adopter d’autres façons d’habiter le monde, d’organiser les échanges, de partager les ressources. Des formes d’organisation où les communs naturels — eau, sols, forêts, air, biodiversité — seraient considérés comme des biens inaliénables, soustraits à toute logique marchande ou d’appropriation privée, et placés sous la responsabilité des populations qui en dépendent.
C’est à travers ce renouveau démocratique, enraciné sur le terrain, que les choix publics pourront être évalués non pas selon leur « rentabilité », mais à partir de leurs effets sur les écosystèmes, les autres êtres vivants, et les générations futures.
Une démocratie écologique, donc, qui n’élude pas les contraintes, mais qui les assume collectivement, en réinventant le sens même de la décision politique.
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RESSOURCES DOCUMENTAIRES
Le municipalisme libertaire – Janet Biehl, 2016
Social Anarchism or Lifestyle Anarchism, Murray Bookchin, 1995
Social Anarchism or Lifestyle Anarchism est un essai majeur de Murray Bookchin, où il dénonce la dérive individualiste d’une partie du mouvement anarchiste contemporain. Il critique ce qu’il appelle « l’anarchisme de style de vie » — centré sur l’expression personnelle, l’esthétisation de la révolte et le refus de l’organisation — qu’il oppose à un anarchisme social, ancré dans les luttes collectives. Bookchin défend une perspective matérialiste et politique : transformation des institutions, démocratie directe, municipalismes et autogestion. Selon lui, seule une organisation populaire structurée peut affronter les logiques de domination capitaliste et étatique. L’ouvrage est devenu un texte de référence, souvent débattu, au sein des mouvements libertaires et écologistes.
Anarchisme – Pierre Kropotkine, 1911
Un classique théorique de l’anarchisme libertaire sur l’organisation sociale sans État, basé sur des associations libres et fédérées — directement en lien avec l’autogestion politique et sociale.
The Stream of Self-Determination and Autogestión – M. Vieta
Autogestion et démocratie – Yvon Bourdet
Démocratie formelle et autogestion (Socialisme ou Barbarie)
Compilation de textes de Murray Bookchin
The Theory and Practice of Economic Democracy
Autogestion n°18-19
Pierre Kropotkine – L’Entraide, un facteur de l’évolution
L’Entraide de Kropotkine est une réponse directe au darwinisme social qui, au tournant du XXᵉ siècle, prétendait que la compétition impitoyable était la loi fondamentale de la nature et des sociétés humaines. S’appuyant sur de nombreuses observations — animaux, communautés paysannes, guildes médiévales, communes libres — Kropotkine montre au contraire que la coopération, la solidarité et le soutien mutuel constituent souvent la condition de survie et de prospérité. Loin d’idéaliser les sociétés humaines, il démontre que l’entraide n’est pas une morale, mais un facteur d’évolution réel, complémentaire à la sélection naturelle. Le livre renverse ainsi l’idée que la hiérarchie, l’autorité ou la compétition seraient « naturelles ». Il ouvre la voie à une politique où les sociétés s’organisent à partir d’associations libres, d’autogestion et de responsabilité partagée. Dans un monde confronté aux crises écologiques et sociales, ce texte rappelle que la capacité humaine à coopérer n’est pas une utopie : c’est une ressource vitale pour construire des démocraties vivantes, solidaires — et durables.
