Peut-on éliminer le cadmium accumulé dans l’organisme ?

Le cadmium est l’un des contaminants chimiques les plus préoccupants pour la santé humaine. On le qualifie couramment de « métal lourd », bien que cette expression ne possède pas de définition scientifique parfaitement uniforme. Dans le langage sanitaire et environnemental, elle sert généralement à désigner certains éléments métalliques dont l’exposition peut entraîner des effets toxiques.

Source : Gis Sol, 2019

Et toxique le cadmium l’est fortement, sans remplir aucune fonction biologique connue dans l’organisme humain (à la différence du fer, du zinc, du cuivre ou du magnésium). Sa présence dans le corps résulte donc uniquement d’une contamination environnementale, alimentaire, professionnelle ou liée au tabagisme.

S’il est présent naturellement dans certaines roches et certains sols, il est essentiellement disséminé par des activités industrielles et agricoles. Certains minerais phosphatés utilisés pour fabriquer les engrais contiennent naturellement du cadmium. L’application répétée de ces engrais augmente progressivement sa concentration dans les sols.

Ainsi, le cadmium entre dans la chaîne alimentaire, puis s’accumule progressivement dans l’organisme humain (Voir « Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé ? », ANSES, mars 2026).

Cette accumulation pose une difficulté particulière. Contrairement à de nombreuses molécules organiques, qui peuvent être transformées ou dégradées par le foie et les autres systèmes enzymatiques du corps humain, le cadmium est un élément chimique. L’organisme ne peut pas le décomposer en substances plus simples et inoffensives. Une fois absorbé, il ne peut qu’être stocké, déplacé d’un tissu à un autre ou très lentement excrété. Une partie importante du cadmium absorbé peut ainsi demeurer dans l’organisme pendant plusieurs dizaines d’années, principalement dans les reins et le foie (source : Toxicological Profile for Cadmium, 3.4.4. Elimination and Excretion,  septembre 2012).

Des atteintes multiples à la santé

Les effets sanitaires du cadmium ne sont pas une découverte récente. Des troubles respiratoires et digestifs furent signalés dès 1858 chez des personnes utilisant un produit de polissage contenant ce métal ; les premières études toxicologiques expérimentales remontent à 1919, tandis que des atteintes osseuses et la présence anormale de protéines dans les urines furent décrites chez l’être humain dès les années 1940 (Historical perspectives on cadmium toxicology, 31 mars 2009).

Après la Seconde Guerre mondiale, l’identification au Japon de la maladie dite itai-itai, caractérisée par de graves lésions rénales, une déminéralisation osseuse, des fractures et d’intenses douleurs, démontra les conséquences possibles d’une contamination alimentaire prolongée ; le gouvernement japonais reconnut officiellement en 1968 le rôle du cadmium rejeté par une exploitation minière (Itai-itai disease: Renal tubular osteomalacia induced by environmental exposure to cadmium—historical review and perspectives, 23 mars 2016).

Les effets chroniques les mieux établis concernent aujourd’hui les reins, en particulier les tubules rénaux chargés de récupérer dans l’urine primitive les substances encore utiles à l’organisme, ainsi que les os, dont la fragilisation peut conduire à l’ostéomalacie, à l’ostéoporose et aux fractures ; une inhalation importante peut également provoquer de graves lésions pulmonaires (Toxicological Profile for Cadmium, chapitre 3 : Health Effects, septembre 2012).

Le cadmium et ses composés sont en outre classés comme cancérogènes certains pour l’être humain par le Centre international de recherche sur le cancer : les preuves sont jugées suffisantes pour le cancer du poumon, tandis que des associations ont aussi été observées pour les cancers du rein et de la prostate, avec un degré de certitude moindre (Cadmium and Cadmium Compounds, monographie du CIRC, 2012).

Des recherches plus récentes relient également l’exposition au cadmium à des maladies cardiovasculaires, à des troubles de la reproduction et à d’autres atteintes métaboliques ou neurologiques, mais la solidité des preuves varie fortement selon les pathologies : ces associations ne doivent donc pas toutes être présentées comme des relations causales aussi fermement établies que les atteintes rénales, osseuses et pulmonaires (Cadmium exposure and health outcomes: An umbrella review of meta-analyses, 4 avril 2025).

Vers un traitement du cadmium accumulé ?

Une question se pose alors : s’il faut urgemment supprimer les sources de la pollution, la médecine dispose-t-elle d’un traitement permettant de retirer le cadmium déjà accumulé dans les organes ?

À ce jour, aucun antidote contre l’intoxication au cadmium n’est cliniquement approuvé. Les traitements utilisés contre certaines intoxications par le plomb, le mercure ou l’arsenic se sont révélés peu efficaces contre le cadmium installé depuis longtemps dans les cellules. Certains peuvent même déplacer le métal sans assurer son élimination complète, voire favoriser son accumulation dans les reins (source : ATSDR, Toxicological Profile for Cadmium, septembre 2012, section 3.11.2, « Reducing Body Burden »).

Certaines recherches ouvrent toutefois de nouvelles perspectives.

Une molécule expérimentale appelée GMDTC a récemment franchi les premières étapes des essais chez l’être humain. Avant ces essais, des recherches menées sur des cellules rénales humaines cultivées et chez l’animal avaient montré que les transporteurs du glucose présents dans les reins semblaient jouer un rôle important dans son mécanisme d’action (Renal glucose transporters play a role in removal of cadmium from kidney cells mediated by GMDTCA novel metal chelator, Human & Experimental Toxicology, 9 juin 2023).

Un premier essai clinique de phases 1a et 1b, publié en ligne le 31 mars 2026, a ensuite évalué la sécurité, la tolérance et la pharmacocinétique du GMDTC. Le traitement a augmenté l’excrétion urinaire du cadmium de manière proportionnelle à la dose administrée, sans qu’une toxicité limitant la dose ni aucun événement indésirable grave aient été observés pendant la courte période de surveillance prévue par l’étude (Safety, Tolerability, and Pharmacokinetics of GMDTC for Cadmium Poisoning: A Randomized Phase 1a/1b Trial, 31 mars 2026).

Ces résultats sont encourageants, mais ils ne démontrent pas encore que le traitement réduit durablement la quantité totale de cadmium stockée dans les organes, améliore la fonction rénale ou demeure sans danger lors d’administrations prolongées.

Il convient également de préciser que l’étude a été cofinancée par l’entreprise Guangdong Jianersheng Pharmaceutical Technology, qui développe le GMDTC, et par un programme national chinois de recherche et développement. Xiaojiang Tang, l’un des auteurs de l’article, est le président fondateur de cette entreprise, qui détient des brevets relatifs au GMDTC et à son utilisation clinique. Ces liens ne signifient pas que les résultats seraient faux ou que l’étude serait dépourvue de valeur : les premières étapes du développement des médicaments sont fréquemment financées par les entreprises détentrices des molécules. Ils rendent toutefois particulièrement nécessaires la reproduction des résultats par des équipes indépendantes et la réalisation d’essais cliniques plus importants et plus longs. Un essai de phase IIa a été enregistré en Chine, mais aucun résultat n’avait encore été rendu public en juillet 2026.

En France, une recherche qui n’est pas à la hauteur de l’enjeu

En France, plusieurs équipes travaillent sur le cadmium, mais aucune de ces recherches n’a encore conduit à un traitement clinique capable d’extraire le métal déjà accumulé dans les reins ou le foie. À Lyon, des chercheurs du CNRS, de l’Université Lyon 1, de l’INSA et de la société MexBrain ont testé chez la souris un polymère oral, le Chitosan@DOTAGA, destiné à fixer le cadmium présent dans l’alimentation avant son absorption (Combating lead and cadmium exposure with an orally administered chitosan-based chelating polymer, 7 février 2023).

Cette piste pourrait contribuer à réduire une exposition alimentaire chronique, mais le produit restant dans l’intestin, il ne peut pas atteindre le cadmium déjà stocké dans les organes.

À Toulouse, le laboratoire Toxalim étudie les interactions entre le cadmium et d’autres contaminants alimentaires, notamment la mycotoxine déoxynivalénol, afin de mieux comprendre les effets des expositions multiples (Analysis of the interactions between environmental and food contaminants, cadmium and deoxynivalenol, in different target organs, 13 décembre 2017).

À Bordeaux, des projets expérimentaux explorent les effets du cadmium sur les synapses et son éventuelle implication dans certains mécanismes associés à la maladie d’Alzheimer (projet Séparation de phase liquide-liquide induite par le cadmium dans la maladie d’Alzheimer : mécanismes et prévention, décembre 2025).

Enfin, l’INRAE étudie chez des organismes aquatiques les mécanismes de tolérance au cadmium et le rôle des métallothionéines (Cadmium tolerance is associated with tissue-specific plasticity of metallothionein gene expression in Gammarus fossarum field populations, 22 avril 2025).

Ces travaux améliorent la prévention et la compréhension de la toxicité du cadmium, mais ils ne constituent pas encore un équivalent français du GMDTC.

A suivre…

Régis Dauxois

Le 25 juillet 2026

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